Patrick (lu par Cécile)
Echappé en solitaire, le 12 novembre 1967 d’une naissance gémellaire, avec un poids de moins de 1 kg, critique pour l’époque, tu as probablement gardé de ton arrivée dans le monde, ton caractère nerveux et ta ténacité.
Petit déjà, on peut dire que tu « déménageais ». Heureusement que la famille s’est rapidement installée sur Villeneuve car je ne suis pas sûre que les voisins du dessous auraient apprécié entendre tes tours de tricycle autour de la table de la salle à manger. Pour peu qu’elle ait été déplacée de quelques centimètres, comme tu tournais au plus court pour aller le plus vite possible, tu te cognais très souvent. Mais tu recommençais ...
Autant dire que te garder au calme lors de ton hospitalisation pour méningite n’a pas été chose facile. Le seul moyen de te tenir à peu près tranquille était de te faire écouter des histoires enregistrées sur des cassettes. Claude et Françoise, nos (tes) parents, se souviennent bien de ton air concentré, petite tête surmontée d’un énorme casque…C’est peut-être de cette période que t’es venu ton goût pour les livres et les histoires.
Tu as très vite fait preuve de grandes capacités d’apprentissage, tu as appris à lire avant l’âge car tu étais dans une classe double niveau et l’enseignement du niveau supérieur t’intéressait beaucoup plus… Intelligent mais remuant, tu aimais raconter que ton instit de primaire, Mme Canceil, t’avait même attaché sur ta chaise car tu ne tenais jamais en place. Pas sûre que cela passerait encore aujourd’hui.
Certes déçu de ne pas avoir réussi Bio Math Sup pour être géologue, ton premier choix à l’époque - comme ton papa pourraient dire certains -. tu as choisi de t’orienter vers la médecine, diplôme que tu as obtenu haut la main en octobre 1999. en faisant la fierté de nos (tes) parents et de toute ta famille.
Quelle spécialité avais-tu choisie ? cardiologie ? anesthésie ? le choix a été vite fait car tu ne souhaitais pas « voir des tuyaux toute la journée », ceux qui te connaissent savent que tes opinions étaient toujours très tranchées.
Tu as adoré ton métier d’anesthésiste, c’était certes fatiguant mais varié et tu ne manquais pas de nous abreuver d’anecdotes, depuis la Mamy assez souple pour toucher ses pieds en se penchant, chose que tu n’as jamais réussi à faire, de cet enfant pas traumatisé pour deux sous racontant à sa maman « le monsieur, il a compté jusqu’à 3 et puis il a éteint la lumière « jusqu’à plus récemment, cette mère venue en consultation avec le jumeau de son enfant et non celui qui devait être opéré et affirmant « mais je vous dis Docteur que c’est les mêmes ! «
Ton intérêt pour les gens t’a poussé à faire des voyages type baroudeurs : la Scandinavie, Madagascar, l’Ile Maurice, Hong Kong mais aussi le Japon, que tu aimais beaucoup, ou encore les Philippines pour faire de la plongée.
Comme toutes les activités auxquelles tu t’es essayé (planeur / patins à glace / ping-pong), tu t’es donné à fond, dilettante n’était pas un mot faisant partie de ton vocabulaire, passant même le diplôme de plongée niveau deux en Anglais et planifiant, pourquoi pas, de devenir Médecin plongée à la retraite.
Tu as également adoré découvrir les fonds marins, allant même te faire tatouer sur le dos deux requins, un marteau et un renard, ton préféré, et refusant de manger de la raie, sous prétexte que c’est un animal très beau.
Tu as fait des rencontres intéressantes aux Philippines en jouant au Tonguit, jeu de cartes local dont tu nous as transmis le virus ou en recousant les coqs blessés lors des combats de coqs. Comme quoi, un bon Médecin est toujours apprécié, quel que soit le patient !
En 2002 et 2005, à la naissance de tes neveux Yann et Florian, tu as été un tonton joueur et attentionné
Ils sont heureux d’avoir plein de souvenirs avec toi, en tant qu’enfants mais également en tant qu’adultes à qui, encore récemment, tu faisais visiter Villeneuve, leur montrant au passage le panneau d’entrée du village, encore en béton et en céramique ou le clou du Maréchal Ferrant, là où tu t’étais collé contre le mur pour laisser passer le cheval dont les sabots t’avaient fait peur.
Et puis il y a 10 ans, tu as rencontré Chun, l’amour de ta vie, ton bébé d’amour, ton rayon de soleil comme tu l’appelais car son caractère joyeux et sa gentillesse t’avaient immédiatement séduit.
Que vous étiez beau dans vos tenues de mariage respectives, le 12 février 2023, tout un symbole d’un beau mélange de cultures mais aussi de caractères. Comme pour toutes les personnes que tu aimais, tu as fait d’elle ta princesse, apprenant toi-même le mandarin -à l’oral mais aussi à l’écrit- en parallèle des cours accélérés de français que tu lui donnais. Je te confirme Chun, même si le terme est joli, on ne parle pas de Croquefort mais de roquefort.
Depuis quelques années et la maladie de nos (tes) parents Claude et Françoise, tu as pleinement rempli ton rôle de fils, admirable, serviable et présent, tant de qualités, vraiment appréciées par tous tes amis ou collègues pour lesquels tu t’es toujours démené, lorsqu’ils avaient un souci de santé notamment, prenant des rendez-vous, menant des recherches, posant des diagnostics, expliquant et rassurant.
La nouvelle casquette que tu t’es découverte, c’est celle de cuisinier, activité dans laquelle tu as laissé s’exprimer toute ta créativité, nous faisant découvrir au passage des épices ou des racines que nous n’avions jamais utilisées. Qui ici n’a pas entendu parler du galanga ? Et que dire des Quatre épices avec lesquelles tu assaisonnais tous tes plats ! Quant aux différentes sortes de poivres, devenu un véritable Maître en la matière, tu étais incollable sur le sujet ( leurs origines, leur particularités, leurs usages…)
Bien que tes mélanges soient improbables, le résultat était toujours bon.
Tu étais une encyclopédie et tes centres d’intérêt que tu aimais partager avec chacun d’entre nous étaient variés. Ils pouvaient aussi bien concerner les beaux livres, les avions, les bons vins ou les bons whiskies (japonais de préférence), l’actualité ou les dialogues des films d’Audiard, … et ce serait trop long de tous les aborder.
Tu nous as toujours énormément appris, mais s’il y a bien une leçon que toutes les personnes réunies aujourd’hui auraient bien aimé t’apprendre, la dernière leçon, est qu’il n’y a pas de honte à demander de l’aide et qu’un souci partagé sera toujours moins lourd à porter…
Nous avons fait la connaissance de tes amis formidables que nous ne pouvons pas tous citer mais nous tenons à adresser un merci tout particulier à Richard qui malgré sa tristesse a été une épaule sur laquelle nous appuyer
Quant à tous les autres, sachez que vous êtes dans nos cœurs
Parce qu’il faut bien te dire au revoir
Voici les mots de la fin
Patrick, merci d’avoir été là pour nous, en tant que fils / frère / beau-frère / tonton et ami.
La formule consacrée est « Repose en Paix »
Nous préférons quant à nous te souhaiter « Bon Vent », que ce dernier te porte vers les contrées où tu aimais aller et où nous sommes certains de te retrouver un jour. Il nous suffira pour cela de chercher le » Docteur érudit », - un peu bavard peut-être - celui qui aimait plus que tout aider les autres et transmettre son savoir.